Nintendo vient de remporter une victoire juridique significative contre les revendeurs européens d’appareils de piratage pour Nintendo Switch. Le tribunal de district de La Haye (Rechtbank Den Haag) a déclaré illicite la vente du MIG Switch Card et du MIG Switch Dumper — deux dispositifs permettant de jouer à des copies non autorisées de jeux. Une décision qui s’applique à l’ensemble du marché européen et qui nomme plusieurs sites web dans la ligne de mire.
L’affaire visait un vendeur pratiquant le dropshipping depuis l’Asie. Les commandes étaient passées sur des sites ciblant des consommateurs européens, dont des ressortissants néerlandais et belges, mais les appareils étaient expédiés directement depuis la Chine.
Qu’est-ce que le MIG Switch et pourquoi Nintendo le combat ?
Le MIG Switch est une cartouche flash qui permet à une Nintendo Switch de lire des copies de jeux stockées sur carte SD, contournant ainsi les protections anti-piratage intégrées à la console. Le MIG Switch Dumper, de son côté, sert à copier des cartouches de jeux physiques sur carte SD.
Nintendo fait valoir — et le tribunal lui a donné raison — que l’objectif premier de ces dispositifs est de contourner ses mesures de protection technologiques. Que l’utilisateur copie ses propres jeux ou des titres téléchargés illégalement sur internet, le statut juridique de l’appareil lui-même reste le même : illicite.
En 2025, Nintendo of America avait déjà obtenu 2 millions de dollars de dommages et intérêts contre Ryan Daly, revendeur américain de MIG Switch via son site Modded Hardware. Des joueurs utilisant le MIG Switch sur leur Nintendo Switch 2 avaient par ailleurs été bannis des services en ligne dès la sortie de la console.
La décision du tribunal de La Haye
Le tribunal a rendu une décision sans ambiguïté. En proposant et en vendant des MIG Switch Cards et des MIG Switch Dumpers, le défendeur a agi de manière illicite et a porté atteinte aux droits d’auteur de Nintendo.
La juridiction néerlandaise a suivi le raisonnement de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), reconnaissant que ces dispositifs ont pour finalité principale de contourner les protections de la console Nintendo Switch. Il s’agit de la même juridiction qui avait déjà tranché en faveur de Nintendo en 2010, dans une affaire similaire portant sur des dispositifs de contournement pour la Nintendo DS — établissant ainsi un précédent solide en droit européen.
Message de Nintendo aux joueurs : La firme japonaise conseille d’éviter l’achat ou l’utilisation de dispositifs de contournement, de logiciels non autorisés ou de copies pirates — au risque d’affecter le bon fonctionnement de votre console et de vos jeux.
Nintendo a précisé avoir engagé cette procédure non seulement pour protéger ses propres intérêts, mais aussi « au nom des nombreux développeurs de jeux vidéo dans le monde entier qui dépendent des ventes légitimes de jeux Nintendo ».
Les sites visés nommément par le tribunal
La décision cite explicitement plusieurs plateformes qui commercialisaient ces dispositifs : r4switch.nl, ther4card.com et r4switch.co.uk. Ces sites, qui ciblaient des consommateurs européens — dont des internautes néerlandais et belges — sont désormais dans l’obligation de cesser immédiatement la vente du MIG Switch Card, du MIG Switch Dumper et de tout produit contournant les mesures de protection de Nintendo.
Le modèle de dropshipping permettait aux revendeurs de maintenir un stock minimal tout en livrant une clientèle européenne large. L’absence de stock local rendait ces activités plus difficiles à repérer, mais le tribunal de La Haye n’a pas été dupe.
Nintendo intensifie sa guerre contre le piratage
Cette décision s’inscrit dans une offensive juridique bien plus large menée par Nintendo depuis plusieurs années. La firme de Kyoto a d’abord obtenu la fermeture de l’émulateur Yuzu en 2024 (2,4 millions de dollars de règlement), puis la condamnation de Ryan Daly en 2025, et s’attaque maintenant aux distributeurs européens de matériel de contournement.
Le cas le plus emblématique reste celui de Gary Bowser, un Canadien membre d’un réseau spécialisé dans la vente d’appareils de modification. Condamné à rembourser 14,5 millions de dollars à Nintendo et ayant purgé une peine de prison, il a déclaré que cette dette l’accompagnerait toute sa vie.
À l’approche du lancement de la Nintendo Switch 2, prévu en janvier 2027, Nintendo durcit encore son arsenal juridique. Pour les joueurs belges et européens qui possèdent encore ces dispositifs, le risque — technique et légal — d’y recourir n’a jamais été aussi élevé.

